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  • Ciné-revue « surprend » une Edwige Feuillère incognito en vacances

    Article publié dans le Ciné-revue du 15 Aout 1952.

    Seul de toute la presse « CINE-REVUE » a surpris Edwige Feuillère dans le rigoureux incognito de ses vacances

    Edwige Feuillère dans les rues de Chambéry en compagnie d’un ami savoyard et de son impressario Olga Horstig.

    « Plus fort que Garbo ! » C’est presqu’en ces termes que les journaux locaux de la région alpestre annoncèrent il y a peu à leurs lecteurs qu’Edwige Feuillère venait de passer près d’un mois dans les Deux-Savoies avant de poursuivre ses vacances sur son île nordique.

    Après avoir terminé « Adorables Créatures » en juin dernier, elle s’en était allée sans tambour ni trompette dans la maison qu’elle possède en Touraine, où vivent ses parents et où jamais nul journaliste n’a pénétré. Comme chaque année, elle voulait passer deux mois s’en être vedette. Tout le monde la croyait donc en Touraine à préparer son départ pour la Norvège où elle fait presque tous les étés une croisière, vivant seule avec trois amis intimes sur une île dont elle est la seule habitante et où elle vit en femme inconnue, pêchant et faisant la cuisine. Le ravitaillement et le courier y sont apportés plusieurs fois par semaine par bateau.

    Cette baigneuse cachée derrière des lunettes noires sur la plage d’Aix-les-Bains, c’est aussi Edwige Feuillère.

    Mais avant cette grande évasion, Edwige Feuillère s’offrit un mois de vacances en France, et dans une des régions estivales les plus fréquentées ! Personne n’en sut rien, à l’exception de « Ciné-Revue » qui avait promis de garder le secret jusqu’à ce jour. La grande comédienne française résidait dans la coquette station de Challes-les-Eaux sous un nom d’emprunt. Le directeur de l’hôtel avait juré de son côté d’être discret. Aucun photographe professionnel n’eut vent de la chose et les photos que nous vous présentons sont de simples « instantanés » pris par les amis d’Edwige…

    L’an dernier, au cours des triomphales représentations de « La Dame aux Camélias » qu’elle donna à Aix-les-Bains et à Evian, Edwige s’est extasiée sur la beauté de la région et s’était promis d’y revenir en vacances. Elle a réalisé son projet. Début Septembre, elle rentrera, de Norvège, à Paris pourune nouvelle série de représentations exceptionnelles de « La Dame aux Camélias ». Cela la retiendra sans doute loin des studios jusqu’en décembre prochain. Il est donc encore trop tôt pour parler de son prochain film, mais on doit signaler qu’avant de partir pour la Norvège, elle a refusé de tourner « L’Ennemie », un film de Nicodemi, à Rome, ne voulant pas sacrifier son repos à son travail.

    Voici la grande comédienne telle qu’elle fera sa rentrée en Septembre à Paris, dans « La Dame aux Camélias », au Théâtre Sarah Bernhardt, avec, dans le rôle d’Armand Duval, Jean-Claude Pascal dont cette pièce marquera les débuts sur une scène parisienne.

    Jean VIETTI

  • Edwige Feuillère chez elle

    Un article publié dans le journal suisse FAN – L’Express du 13 décembre 1952.

    Où la réalité n’est pas très éloignée de sa fiction
    Edwige Feuillère chez elle
    Edwige Feuillère dans « L’Aigle à deux têtes » de Jean Cocteau.

    La nouvelle saison de Paris s’est ouverte, à l’écran, avec « Adorables créatures », un film dans lequel Edwige Feuillère incarne une riche veuve dont le grand cœur, la générosité ne sont que façade, calculs. Personnage odieux de cette satire plus féroce qu’elle ne veut le paraître, mais création complexe, et si parfaitement composée qu’elle nous gagne à son jeu. Dans le même temps, Edwige Feuillère reprenait au Théâtre Sarah Bernhardt, la «Dame aux camélias». La « première » eut figure d’événement. Le Tout-Paris — ministres, diplomates, écrivains, artistes — y fut présent. Ce n’était pas pour réentendre une pièce que nul n’ignore, mais pour revoir Edwige Feuillère, aimer et mourir dans les bras d’Armand Duval. Depuis deux mois, le public parisien fait le succès de la pièce et du film. Cette double réussite maintient le nom d’Edwige Feuillère au tout premier rang, ou plus exactement, dans une sorte de prestige où nulle ne la remplacera.

    Une vie privée, discrète, secrète

    On connaît sa carrière. Près de quarante films, autant de pièces jouées des milliers de fois sur d’innombrables scènes, toute une vie voulue, conduite par l’art dramatique, et à lui consacrée, ont donné à Edwige Feuillère cette autorité de grande comédienne qu’on reconnut jadis à Sarah Bernhardt, à Réjane et qui ne se trouve plus guère de nos jours. C’est peut-être aussi qu’elle a su ne pas se disperser, demeurer, parmi les curiosités que suscite toute renommée, discrète, secrète, parfois distante. La grande part d’elle-même, qu’elle a donnée à son art, le fut sans restriction, sans calcul, pour l’amour du métier qu’elle avait choisi. Mais sa vie privée lui est restée, et nul n’en a connu les épreuves, les joies ou les peines, qui n’y fut convié. Miracle aussi, dans un monde qui ne respecte guère la discrétion. Et cependant Edwige Feuillère ne s’impose pas une attitude. Elle souscrit aux nécessités de son métier, elle a joué des scènes légères, campé des héroïnes burlesques; elle aime rire, manie l’ironie, se moque de sa propre légende… 

    Edwige Feuillère habite du côté des Invalides, un quartier paisible, aéré, aux vastes perspectives. L’appartement donne, en arrière, sur les frondaisons du Champ-de-Mars, dominées par une Tour Eiffel toute proche, gigantesque mais nullement écrasante, comme un songe de fer qui se perd dans le ciel… A peine avez-vous franchi le seuil de l’appartement que vous accueillent les souvenirs du théâtre. L’entrée est décorée de vitrines qui sont un peu le musée de la comédienne. Edwige Feuillère ne croit pas que le théâtre soit tout à fait une fiction. En scène, autour d’elle, il faut que les meubles soient d’époque, les bibelots précieux. Si les bijoux ne sont pas toujours vrais, ils ont leur vérité théâtrale, c’est-à-dire parfois d’illustres origines.

    Bibelots, meubles et livres

    Voici minutieusement rangés, l’éventail de dentelle noire de l’« Aigle à deux têtes », deux petites bourses qui ont plus d’un siècle et qui jouèrent leur rôle dans le charmant proverbe de Musset « Un caprice ». Voici de petits carnets de bal du XlXme siècle, et le moulage réduit d’une main d’albâtre qui serait, nous dit Edwige Feuillère, celle de Sarah Bernhardt. L’art auquel l’actrice a consacré ses jours ne l’abandonne pas. Quand elle a quitté la scène sous les applaudissements et les fleurs, Edwige Feuillère retrouve ici la même envoûtante présence de personnages toujours prompts à renaître. Dans le grand salon aux meubles précieux, ils paraissent, en forme d’hommages, dans un petit dessin de Jacques Ferrand, dans une grande toile de Kiffer, clans une esquisse de Jean-Denis Maillart pour la « Dame aux camélias », ou dans une silhouette de l’« Aigle à deux têtes », signée Christian Bérard… Les livres eux-mêmes disent la conscience de la comédienne, donnent la preuve que rien de ce qui touche à l’art dramatique ne lui est étranger. Edwige Feuillère a d’ailleurs écrit elle-même, et de façon pertinente, sur son métier de vedette, dans le livre « Le cinéma pour ceux qui le font ». Mais ce monde de la fiction ne voile pas aux yeux de l’actrice le monde tout court. Elle sait, quand il le faut, s’évader — trop peu, dit-elle, à son gré — et dans une île perdue d’un fjord norvégien, vivre quelques semaines sans autre compagnie que celle de la mer et du vent, sans autre visite que celle d’un hydravion dont le pilote-ami, vient cle temps à autre, déposer le courrier et ses hommages à celle qui demeure, même en ces lointains rivages, la « grande dame » du cinéma français.

    U. F..F