Article publié dans l’hebdomadaire du cinéma, Ciné-Mondial, en 1941.
Questions indiscrètes
L’amie idéale : Edwige Feuillère

Aimez-vous le Premier de l’An ? Que représente-t-il pour vous ? Est-ce un jour gai, ennuyeux, mélancolique ?
Mon Dieu les fêtes représentent, surtout pour moi, un surcroît de travail… Matinées supplémentaires, repas hâtifs dans la loge, fatigue, énervement… Et puis le public qui vient au théâtre à cette époque de l’année n’est pas le même que d’habitude. Il est fuyant, moins accessible et nous donne davantage de peine. C’est un public de solitaires, de sans famille, qui cherche à tuer le temps ; il faut donc, avant de le conquérir, le distraire, puis l’intéresser. Pour une comédienne, ces luttes sont toujours passionnantes.
Faites-vous beaucoup de cadeaux? Qu’offrez-vous en général ?
En tous les cas, j’ai horreur du cadeau en série, qui ne veut rien dire ! On décroche le téléphone, on appelle la fleuriste ou le confiseur, et l’on dresse avec eux la liste de ses amis… C’est un recours à la facilité que je ne puis admettre. Pourquoi ces hommages, somme toute indifférents et qui ne dépassent pas le cadre de la politesse ? En ce qui me concerne, j’adore choisir avec attention le cadeau qui fera plaisir à ceux que j’aime et j’essaie de découvrir la chose dont ils ont envie… Comme on ne trouve pas aisément le bibelot rêvé, il m’arrive de l’offrir qu’aux derniers jours de janvier… Pourtant mes amis ne s’impatientent pas, car ils savent que je leur réserve quand même une surprise…
Passez-vous le Jour de l’An en famille ?
Mais voyons ! Je n’ai jamais le temps ! Mon père et ma mère savent et comprennent ma vie. Ils m’accueillent quand je viens, sans se préoccuper d’une date et de sa signification…
Que souhaitez-vous pour 1942 ?
Paix aux hommes de bonne volonté.

Quel est votre souvenir de Jour de l’An le plus marquant ?
Edwige Feuillère réfléchit, hésite, ne se souvient de rien, puis tout à coup son visage s’illumine… pour se ressaisir aussitôt… Elle a bien un souvenir, mais ne veut pas le dire…
Quelle formule employez-vous pour vos cartes de visite ?
Aucune ! Pour la bonne raison que je n’en écris jamais; cela procède chez moi du même principe que pour les cadeaux… Ou bien envoyer une vraie lettre a ceux qui vous tiennent à cœur, et leur faire comprendre que l’on est prêt d’eux, avec eux, ou bien ne rien envoyer du tout. Meme si je dois passer pour une femme sans usages…
Quels sont les cadeaux qui vous ont été offerts cette année ?
Comme toujours, beaucoup de fleurs, de bonbons… mais vous savez, nous ne sommes pas très avancés dans l’époque des présents et je n’ai guère reçu de cadeaux encore. Pourtant il faut que je vous dise combien mes admirateurs sont gentils pour moi… De leur part il m’est arrivé quantité d’écharpes brodées, de châles ouvragés, de souvenirs charmants et tellement émouvants… J’ai même une admiratrice qui, chaque année, me brode pour Noël une nappe à thé… « Dans douze ans, m’écrivait-elle lors de son premier envoi, vous aurez ainsi le service complet ! » Ce sont des marques d’affections qui me touchent plus que je ne saurais dire… J’ai reçu également dans un panier merveilleusement arrangé, un magnifique poulet entouré de toutes sortes de légumes.. Vous ne pouvez imaginer le goût avec lesquels ces victuailles étaient présentées on eut dit un de ces bouquets 1830 qui s’épanouissent en corolles de papier glacé… Un sonnet accompagnait l’offrande de cet admirateur inconnu…

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