Article publié dans le Ciné Télé-Revue numéro 33 du 14 Août 1959 qui nous offre un petit aperçu de l’amitié profonde et sincère qu’entretenaient Edwige Feuillère et Michèle Morgan. La petite ville thermale de Challes-les-eaux en aura été le témoin privilégié pendant près de 40 ans car elles s’y retrouvaient régulièrement ensembles—du moins, lorsque leurs emplois du temps respectifs le permettaient.
Loin des feux de la rampe Edwige Feuillère et Michèle Morgan ont partagé de courtes mais bienfaisantes vacances
Par Jean-Marc CAMUS
Pour Michèle Morgan et Edwige Feuillère, les vacances ne sont déjà plus qu’un souvenir. Un souvenir d’autant plus beau d’ailleurs que l’une et l’autre ont toujours beaucoup de peine à s’échapper de ce cercle des “sunlights” qui les retient prisonnières, prisonnières du succès, de la célébrité et de leur renommée de monstres sacrés. Ce qui est exceptionnel aussi, c’est que toutes deux avaient choisi le même havre de détente – Challes-les-Eaux – et la même époque. Les habitants de la charmante ville d’eaux n’en sont pas encore revenus : ils connaissaient et même fort bien, Edwige Feuillère, qui, chaque année, vient dans le calme et la tranquillité faire une cure de repos. Mais Michèle Morgan, elle, a étrenné Challes-les-Eaux, l’adoptant d’emblée. Elle craignait la curiosité des gens, mais son amie Edwige bien vite la rassura : “Ici, on est tranquille, on vous laisse en paix. Tu seras vite adoptée et tu ne devras pas user de ruses d’Indien. Je parle d’expérience”. En effet, Michele a pu courir les magasins, se promener en rue, vivre tout simplement comme une estivante (presque) anonyme. On la regardait, on l’admirait, bien sûr, mais la curiosité n’avait rien d’intempestif, elle était faite d’estime et d’affection. Au terme du premier jour, Michèle Morgan était conquise. Et Edwige Feuillère heureuse de voir son amie aussi relaxée.

Une grande amitié unit, depuis de longues années, ces deux comédiennes de premier plan. On dit si volontiers que les stars se détestent entre elles, qu’il est agréable de détruire cette légende gratuite. Certes, il est des vedettes qui ne peuvent, comme on dit, se sentir, qui se jalousent et pratiquent l’une envers l’autre, la loi du milieu. Mais tel n’est pas le cas de Michèle et Edwige. Elles sont également douées, ont autant de succès l’une que l’autre, jouissent d’une réputation internationale. Et puis, elles ont l’une pour l’autre une grande, une inébranlable estime. Sur ces bases, on construit une amitié à vie.


Il n’y a guère à dire au sujet de ce séjour à Challes-les-Eaux. Il a été consacré à un repos bénéfique et nécessaire. La seule concession faite par Michèle a son metier a été qu’elle a emporté une dizaine de scénarios. Ils lui étaient proposés à Paris, elle en a pris connaissance dans le recueillement loin des bruits de la capitale. Et elle s’est préparée à une grande rencontre : avec son fils Mike, séparé d’elle, de par la volonté de son père, depuis de longs mois. Pour revoir Mike, Michèle est allée en Californie, où elle passera un mois. Elle était à la fois anxieuse et joyeuse à l’idée de cette réunion devenue pour elle une obsession. Edwige Feuillère, elle, avant de regagner Paris, a fait un crochet par la Suisse. Au début de septembre elle reprendra pour la dernière fois, le rôle où elle est incomparable : celui de “La Dame aux Camélia”. C’est Paul Guers qui, cette fois, sera son Armand Duval. Ensuite suivra une tournée en Belgique et en Suisse avec “Lucy Crown”, son grand succès parisien de la saison dernière. Ce n’est qu’en mars qu’elle pourra songer au cinéma. À moins que se réalise un autre projet qui lui tient à cœur : aller défendre le prestige du théâtre français – avec “Phèdre” et « la Dame aux Camélias” – en U.R.S.S., Yougoslavie, Roumanie et Pologne. Pourrait-on rêver ambassadrice plus prestigieuse ?

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